mercredi 27 janvier 2010

Rencontre avec...Olivier Richard, chargés des Publics à la Maison des Arts de Malakoff


Dirigé depuis dix ans par Aude Cartier, ancienne étudiante de l’Icart, La Maison des Arts, centre d’art contemporain de Malakoff, présente une liste impressionnante d’artistes. De Jacques Monory à Christian Boltanski en passant par deux nombreux jeunes artistes tel que Valentin Van Der Meulen et David Mesguich, la Maison des Arts propose à chaque exposition une approche spécialisée pour les enfants.

Principalement créées et animées par Olivier Richard, diplomé de l’Icart il y a une dizaine d’années, les visites pour enfants sont proposées aux écoles environnantes. Il s’agit d’une visite adaptée aux primaires, un premier pas vers l’art contemporain, où l’exposition est expliquée à l’aide d’un jeu de questions-réponses pendant une demie heure puis un atelier pratique leur est proposé.
Tous les jours les murs de la Maison des Arts accueillent donc une centaine d’enfants et pour chaque exposition un carnet de coloriage et un carnet de jeu sont réalisés.

Pour mieux comprendre le but et déroulement de ces visites Olivier Richard nous parle de son expérience et de ce que lui a apporté l’ICART.





En quoi consiste votre travail ?

Je sers de pont entre les œuvres d’arts qui sont montrées au sein de la Maison des Arts et le public. C’est tout d’abord un travail en amont avec les artistes pour la réalisation de leur exposition, c’est plus un travail de mise en place (choix des matériaux de production, choix des systèmes d’accrochage des œuvres…) Ensuite c’est un travail de communication avec les différents partenaires (presse, mécène…) Enfin, il y tout un travail de médiation pour parler de l’exposition. Choix des mots pour les visites, écriture de livret pédagogiques pour les enfants, mise en place d’atelier autour du travail de l’artiste présenté.


En quoi l'Icart vous a aidé à en arriver là ?

Tout d’abord par la transversalité des cours. Entre histoire de l’art et gestion il y a eu une ouverture au monde de l’art en général et a tout ce qu’il peut toucher et représenter. Ensuite c’est par la diversité des stages proposés, qui m’ont permis de découvrir l’envers d’un décor que le public ignore et qui m’a permis d’apprendre certaines techniques que j’utilise encore aujourd’hui.


Est-ce que certains stages à l'Icart sont en lien avec votre activité actuelle?

Le stage que nous proposons aujourd’hui à la Maison des Arts est en lien direct avec mon activité. Sinon il n’y avait pas de stage de médiation à proprement parlé au moment de mon passage à l’ICART. Mais mes stages au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et à Beaubourg au service communication m’ont donné un avant gout sur cette façon de communiquer avec le public autour d’une exposition.


Quel est l'âge moyen des enfants?

La Maison des Arts propose plusieurs temps de visites, le matin et l’après-midi. Les horaires du matin sont plutôt pour les petites classes de maternelle, les plus grands de primaires viennent plus facilement l’après-midi. Nous touchons plus facilement les enfants entre 3 ans et 11 ans car ils ont un seul enseignant ; à partir du collège il y a une complexité technique qui se met en place (pas assez d’heures pour la prof d’arts plastique qui doit emprunter des heures et ensuite les redonner…) tout cela a tendance à les décourager un peu.



Que leur proposez-vous ?

Il y a deux propositions pour les enfants à la Maison des Arts.
Pour les enfants qui viennent avec leur classe, la visite dure 1 heure. Une première partie d’environ 30 minutes est consacrée à une découverte de l’exposition en cours au travers d’un jeu de questions/réponses. Le reste de l’heure est réservée à un atelier autour du travail de l’artiste, ce qui nous permet très souvent d’utiliser des matériaux (fusain, peinture, collage, pastels….) peu utilisé en classe.
Pour les enfants qui viennent seuls ou accompagnés d’un adulte, il y a toujours à l’accueil plusieurs livret pour découvrir d’une façon ludique et amusante l’univers de l’artiste et aussi des carnets de coloriage.
Le but étant d’accompagner le public sans le brusquer.



Quel est le regard que vous aimeriez qu'ils portent sur l'art ?

Un regard simple, que l’art fasse partie de leur vie comme une console de jeu, une télé… Mais qu’ils comprennent aussi que tout cela fait partie de leur patrimoine, un patrimoine vivant reflétant leur société. Que l’art ne soit pas un « gros mot » ou bien que l’art soit réservé aux autres.


Quels sont leurs réactions face aux œuvres?

Ce sont des réactions simples, ils s’attachent à la couleur et aux formes. Ils essayent d’y projeter les images qu’ils connaissent, les sentiments qu’ils ont déjà ressentis. Ce qui est super c’est qu’ils ont toujours de grands yeux bien ouverts, chaque œuvre est une découverte, une nouveauté.


Qu'est ce qui pour vous est le plus différent comparé au regard que portent les adultes ?


Les enfants ont un regard neuf sur chaque œuvre et comparé aux adultes ils sont bien plus libres dans leurs réactions et leurs discours. Ils ne sont pas « enfermés » dans leur propre histoire ou dans leurs sentiments. Pour autant leurs réactions ne sont pas sans réflexion, ils m’apportent toujours un autre regard sur les œuvres. Et comme eux j’essaye de regarder les œuvres avec leurs yeux. Et comme peut le dire le poète dadaïste et surréaliste français Arthur CRAVAN : « Il faut regarder le monde comme le fait un enfant, avec de grands yeux stupéfaits: il est si beau. Allez courir dans les champs, traverser les plaines à fond de train comme un cheval ; sautez à la corde et, quand vous aurez six ans, vous ne saurez plus rien et vous verrez des choses insensées. »


Est-ce que travailler avec des enfants vous apporte quelque chose de particulier ?

Une joie de vivre, celle qui faut pour gérer pendant 1h une classe de 25 enfants de 3 ans qui a plutôt envie de se retrouver dans la cour que dans un musée. Des mots nouveaux, un discours pour leur parler, les toucher, leur faire ressentir l’univers de l’artiste. Et leur montrer que tout peut être ART. Tout est recommencement, à chaque nouvelle exposition c’est un nouveau challenge pour trouver des mots, des ateliers qui pourront les intéresser et les questionner.



Aspects positifs et négatifs du travail avec les enfants?

Le seul aspect un peu négatif de travailler avec des enfants, jeune de surcroit, c’est que nous pouvons difficilement aborder des questionnements plus poussés autour de l’histoire de l’art et de la création contemporaine.
Sinon c’est que du bonheur…



Propos recueillis par Léa Bouaouni

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